Espagne : une tournée symphonique et lyrique

Trois questions à Thierry d’Argoubet, Délégué général de l’Orchestre national du Capitole.

Elle est à l’image de la double mission de l’Orchestre, à la fois symphonique et lyrique, et je me réjouis que Tugan Sokhiev et ses musiciens aient l’opportunité de montrer la diversité de leur art.

Thierry d'Argoubet, Délégué général de l'Orchestre national du Capitole.

Dans quel état d’esprit Tugan Sokhiev et ses musiciens abordent-ils la tournée que l’Orchestre entreprend du 8 au 14 février en Espagne ?

Il s’agit d’une tournée de cinq concerts qui les mènera successivement à Pampelune, Alicante, Oviedo, Madrid et Saragosse. L’Espagne est un pays ami qui nous reçoit régulièrement. Mais c’est aussi un pays qui possède des salles extraordinaires. Grâce aux fonds européens, il a pu doter chacune de ses régions d’un auditorium, à chaque fois assez spectaculaire et d’une qualité acoustique remarquable. Outre l’accueil du public, les conditions dans lesquelles se produisent les musiciens font de chaque tournée là-bas un grand moment de bonheur musical, toujours impatiemment attendu.

Quel est le profil musical de la tournée 2014 ?

Elle est à l’image de la double mission de l’Orchestre, à la fois symphonique et lyrique, et je me réjouis que Tugan Sokhiev et ses musiciens aient l’opportunité de montrer la diversité de leur art. Sur le plan symphonique, ils interpréteront un programme Beethoven, Brahms, Grieg, avec Khatia Bunitishvili comme soliste du Concerto pour piano du compositeur norvégien. C’est une artiste qui possède un tempérament formidable mais qui manifeste aussi un profond sens poétique. Le Concerto de Grieg qu’elle a donné le 11 janvier à Toulouse a été capté et on peut le visionner sur arteliveweb – il sera diffusé ultérieurement dans le cadre de l’émission « Maestro » d’Arte. Khatia Buniatishvili jouera ce concerto à trois reprises en Espagne et le redonnera avec Tugan Sokhiev, le 24 mars à Aix au Grand Théâtre de Provence.

Quant au lyrique, après Toulouse et Paris, Boris Godounov est programmé à Pampelune et Oviedo. Cette version de concert de la mouture originale de l’ouvrage de Moussorgski est l’aboutissement d’un projet longuement mûri. Nous l’avions évoqué avec Tugan Sokhiev quasiment au moment de sa nomination en 2008. Nous attendions plusieurs choses : il fallait d’abord que l’Orchestre développe sa personnalité lyrique sous la conduite de son nouveau directeur musical. Le projet était également tributaire de la disponibilité de Ferruccio Furlanetto. Celui-ci incarne Boris à la tête d’une très belle distribution et aux côtés de nos amis d’Orfeón Donostiarra, qui travaillent d’arrache-pied sur la partie chorale, tellement importante dans cet opéra.

Tugan Sokhiev a été nommé, le 20 janvier, directeur musical du Théâtre Bolchoï de Moscou. Comment accueillez-vous cette nouvelle ?

Il est intéressant de noter que cette nomination se produit de façon quasi concomitante avec l’exécution de Boris Godounov en concert – dans une version originale dont Tugan Sokhiev a travaillé la substantifique moelle avec Valery Gergiev à Saint-Pétersbourg. Je me réjouis de cette nomination, d’abord pour Tugan Sokhiev qui est un grand chef lyrique et pourra ainsi exercer son talent sur sa terre natale dans un théâtre de légende. Une grande tâche l’attend. Elle est une superbe marque de reconnaissance pour lui et l’Orchestre, elle attirera probablement davantage l’attention du monde musical sur le travail accompli par Tugan Sokhiev et l’ONCT. Mais elle n’entache aucunement nos projets jusqu’à la saison 2015-2016 et Tugan Sokhiev demeurera, comme c’est le cas aujourd’hui, présent un quinzaine de semaines par an parmi nous.

Vienne – Autriche

Depuis lundi, l’Orchestre a posé ses valises à Vienne (Autriche), où il se produira trois soirs à partir de vendredi.

Musikverein

MUSIKVEREIN

Programme :

  • Vendredi 22 février 2013 (MUSIKVEREIN)

Tugan SOKHIEV, direction
Olga BORODINA, mezzo-soprano / Bryan HYMEL, ténor / Alastair MILES, basse / René SCHIRRER, basse
WIENER SINGVEREIN – Johannes PRINZ, chef de choeur

BERLIOZ : La Damnation de Faust, op. 24 (version de concert)

  • Samedi 23 février 2013 (MUSIKVEREIN)

Tugan SOKHIEV, direction / Elisabeth LEONSKAYA, piano

BERLIOZ : Le Corsaire, Ouverture 8’
SCHUMANN : Concerto pour piano en la mineur 31’
MOUSSORGSKI : Tableaux d’une Exposition

  • Dimanche 24 février 2013 (MUSIKVEREIN)

Tugan SOKHIEV, direction
Olga BORODINA, mezzo-soprano / Bryan HYMEL, ténor /
Alastair MILES, basse / René SCHIRRER, basse
WIENER SINGVEREIN – Johannes PRINZ, chef de choeur

BERLIOZ : La Damnation de Faust, op. 24 (version de concert)

 

logo-medici

Dimanche 24 Février à 19h30, Medici.tv diffusera en différé le concert du 22 Février.

 

récit de coulisses

La tournée Japonaise de l’Orchestre National du Capitole commençait véritablement hier avec un premier concert à Yokohama dans la très belle salle du Minato Mirai.
Bien sûr il y a eu le concert Salle Pleyel à Paris et l’accueil toujours enthousiaste du public parisien qui confirme, concert après concert que « le Capitole » est devenu capitale, mais hier s’ouvrait enfin notre nouvelle campagne d’Orient.
Les équipes techniques ont travaillé comme toujours; quand les musiciens arrivent pour la répétition, la scène (dans le jargon du spectacle on dit « le plateau ») est prête, toutes les caisses arrivées par avion spécial de France sont à disposition, les musiciens peuvent retrouver leurs instruments et se remettre à la discipline de leurs sons filés, gammes et arpèges délaissés depuis deux jours. Comme un sportif assouplit ses muscles et s’échauffe avec application, chacun reprend ses marques, ses sensations physiques et instrumentales, écoute le son dans la salle et juge de la qualité de l’acoustique.

photo (2)Ça va, la salle est belle, toute en bois clair et doré, le son se projette sans retenue avec une réverbération très naturelle, ce sera un très bon instrument pour la  musique de ce soir.À l’heure du concert tout s’accélère, musiciens en queue de pie et dames dans leur plus belle robe font quelques dernières notes en coulisses, les régisseurs et techniciens plateau sont sur le qui-vive.

Attention. « Silence s’il vous plaît messieurs dames, préparez-vous pour entrer sur le plateau ». Fabrice, notre régisseur de scène fait les dernières vérifications et ordonne la manœuvre comme un commandant de tir à la NASA. « Allez, c’est parti, bon concert messieurs dames. » À jardin et à cour (de gauche et de droite) les musiciens entrent sur scène et le public applaudit jusqu’à ce que le dernier entré soit installé. Oui, c’est toujours comme ça au Japon. Geneviève Laurenceau est restée en coulisses avec Tugan Sokhiev, quelques mots d’encouragement, des vœux de succès et c’est au tour de notre violon solo de recevoir l’accueil du public de Yokohama. L’orchestre se lève pour saluer, se rassoit, le maestro peut faire son entrée. Et puis comme par magie, le silence se fait en une fraction de seconde, ça y est, la musique va s’envoler. La lumière est sur scène mais en coulisses tout le monde peut déjà se congratuler: après tout le travail d’organisation et de préparation de cette tournée japonaise, après plus de douze mille km de voyage, la partition à été parfaitement exécutée, aux musiciens maintenant de jouer la leur.

Claude Roubichou
Orchestre National du Capitole de Toulouse

Rugby (à nos amis du Stade Toulousain)

Aujourd’hui c’est Paris, un concert particulier. Nous avons l’habitude de venir jouer ici plusieurs fois par saison: à Paris, « le Capitole » est devenu incontournable.
La Salle Pleyel est pleine, on joue à guichets fermés. Les musiciens attendent dans leurs loges et à l’arrière scène, concentrés sur l’événement. Comme toujours, ils jouent en noir.
C’est l’heure de rentrer sur le plateau, les régisseurs de scène donnent le top, l’orchestre se met en place, applaudissements nourris des spectateurs.
À l’ouverture du concert, Sandrine Tilly pour le Faune de Debussy. Sous les ordres de Tugan Sokhiev, le concert est lancé. On va assister à un grand concert dans la pure tradition toulousaine.
Le public parisien ne s’y trompe pas: à plusieurs reprises on nous a demandé s’il n’y avait pas possibilité de s’abonner pour les concerts de Toulouse à Paris.
Tout se déroule comme prévu. Les enchaînements, les lancements de jeux, maintes fois répétés pendant les séances de répétitions, la tactique orchestrée par Tugan Sokhiev, tous les fondamentaux sont en place. Rigueur, sérieux et travail, c’est le foncier qui permet au talent de s’exprimer. Dans un orchestre, c’est la force du collectif qui révèle les individualités.
Après la pause, la Symphonie Fantastique: tout un programme. La phalange toulousaine y récite sa musique comme le Stade récite son rugby, le public se régale.
À la fin, dernière partie, la Nuit de Sabbat. C’est un festival, ça ouvre dans tous les sens. La musique virevolte de pupitre en pupitre. C’est ça le jeu toulousain, de l’engagement, du talent, de la magie.
Plus que quelques mesures, la symphonie est terminée, les spectateurs sont conquis.
Deux bis en guise de tours de stade pour saluer encore une fois, les musiciens toulousains qui regagnent leurs loges en pensant déjà au concert d’après: c’est toujours le concert d’après qu’il faut gagner.
En tous cas, encore une fois, magnifique prestation toulousaine ce soir à Paris.
Ici, « on est chez nous, on vient, on gagne et on s’en va » (en Amérique du Sud!)

Claude Roubichou
piccolo solo, Orchestre National du Capitole de Toulouse

La bière de Cologne

Mercredi 9 mai, Cologne

La salle de la Philharmonie de Cologne est une salle magnifique, habillée de bois et de lumière bleue. Je me souviens du premier concert de l’orchestre dans cette salle, il y a bien des années, c’était un coup de foudre. Force est de constater qu’elle n’a pas pris une ride, tout juste si les fauteuils du public seraient à peine plus profonds et confortables de nos jours. L’orchestre s’y dispose tout en demi-cercle et chaque musicien a un contact visuel particulier avec ses collègues; dans une telle disposition, surtout nous dans l’harmonie, il y a une proximité et une complicité évidente: voir Gabrielle prendre sa respiration avant son premier solo de cor anglais du Sacré du Printemps, assister à sa participation physique à la musique, c’est presque une sensation de voyeur qui décuple le bonheur de participer soi-même. Toutes les énergies sont concentrées et la musique surgit de ce creuset rond de la scène comme l’or de l’athanor des alchimistes de jadis.

Le Sacre du Printemps, justement: poétique et sauvage déferlement d’un souffle puissant, presque primal. Assis au milieu de l’orchestre je ressens intensément cette force impérieuse du renouveau de la belle saison en Russie et je me souviens des descriptions passionnées qu’en fait Léon Tolstoï que j’aime. Mélange de sensualité, de passion, de force et de violence, c’est le printemps russe, c’est la musique de Stravinsky qui exige le meilleur de chaque musicien, sa concentration totale, son engagement physique et artistique sans réserve.

Il y a des moments de la vie d’un musicien qui sont magiques, le temps est à la fois suspendu et concentré, la vie est plus forte et la sensation du tout exaltée. C’est le Sacre du Printemps, ce soir à Cologne. Une salle exceptionnelle qui semble avoir été là juste pour ce moment, l’orchestre du Capitole au mieux de sa forme, le résultat d’un travail intense et riche, Tugan Sokhiev, immergé dans sa musique, rassemble toutes ces énergies, les applaudissements du public encore presque figé par tant de rythme, de poésie de violence et de force… et puis, dès la sortie de scène, la bière.

La bière offerte aux musiciens par l’equipe de la Philharmonie de Cologne, une habitude ici, la bière qui dit bravo, qui dit merci et à bientôt.

La bière de Cologne.

Claude Roubichou
piccolo solo, Orchestre National du Capitole de Toulouse

Dernier jour de la tournée : Birmingham

Birmingham

L’Orchestre National du Capitole de Toulouse achèvera ce dimanche 1er avril sa tournée au Symphony Hall de Birmingham, où il se produira à 15h00 accompagné du soliste Thomas Trotter, à l’orgue.

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Thomas Trotter

Programme :

Berlioz Carnaval Romain, Ouverture
Rachmaninov Danses Symphoniques
Saint-Saëns Symphony No 3, Organ