Varsovie, Elisabeth Leonskaya

E.Leonskaja ©Jean Mayerat

Elisabeth Leonskaya (photo © Jean Mayerat)

 

 

À l’approche de Varsovie, dès que l’avion est passé sous les nuages, toute la couleur à disparu.
Plus rien.
Tout d’un coup le monde et la vie ont été en noir et blanc.
La neige, la nuit qui tombe, le rouge le plus vif devient un vague gris sombre et triste.
Varsovie c’est tout blanc, tout gris et tout froid.
Comme moi, la ville grelotte et se recroqueville, le monde est devenu petit, la vie s’est réduite à deux teintes de base dans un tout petit écran comme au temps de l’ORTF de mon enfance.
Il fait froid et gris, j’ai la tête en noir et blanc, le cœur en hiver. La neige et le gris du ciel ont effacé toutes les couleurs, le froid a endormi les sens, le monde est devenu lointain et vague.

Mais ce soir, dans la salle toute blanche de la Philharmonie de Varsovie, une dame est arrivée doucement, la tête un peu baissée, comme timide, toute habillée de noir elle portait sur son visage le sourire calme et tendre d’une maman.
Comme tout le monde, j’ai su en le voyant que ce sourire n’était que pour moi.
Elle s’est assise, a posé ses mains presque fragiles sur le clavier tout blanc et noir du piano, et comme elle était magicienne, en dessinant de ses belles mains la musique que Schumann avait écrite juste pour elle juste pour ce moment là, tout doucement, une à une, elle a fait renaître toutes les couleurs de la musique, du monde et de la vie, et la chaleur de la terre et du soleil.
Alors tous les oiseaux du ciel qui étaient partis de Varsovie pour essayer de retrouver les couleurs disparues sont revenus se poser sur le piano et sur les pupitres des musiciens. Ils se sont mis à voleter au dessus des mains de la dame qui avait un sourire si tendre, et lorsque toutes les couleurs du monde, de la vie et du soleil et du ciel sont sorties du piano, ils ont trempé leurs ailes dedans pour dessiner sur les murs blancs de la Philharmonie de Varsovie toutes les couleurs du monde, de la vie et du soleil et du ciel.
Et comme les murs de la salle et le blanc et le noir et le froid de Varsovie s’étaient évanouis, je me suis envolé avec eux vers ce monde immense, chaud et tout en couleurs pour toujours parce que Elisabeth Leonskaya joue du piano et qu’elle porte sur son visage le sourire timide et tendre de ma maman.

 

Claude Roubichou
Orchestre National du Capitole de Toulouse

 

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4 réflexions sur “Varsovie, Elisabeth Leonskaya

  1. Claude,
    Si un jour tu es fatigué de la flûte, de la musique, de l’orchestre….. tu pourras rebondir, et écrire.
    à moins qu’il ne te faille la flûte, la musique et l’orchestre pour vivre tout ça et t’en nourrir pour nous le raconter si joliment…
    Aujourd’hui promenade… brumeuse, en gris à Verfeil, où j’ai trouvé moi aussi mes couleurs … turquoises.
    finalement, ça fait bizarre de rester à quai
    Bises à tous

  2. Je n’ai pas les qualités du narrateur, du musicien, du poète que vous êtes et je ne saurai donc pas commenter aussi joliment.
    Tout d’un coup l’éloignement du musicien en tournée s’efface, il est proche de nous, il apparaît alors dans un monde devenu, grâce à vos mots, si beau et si magique.
    Merci

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