La bière de Cologne

Mercredi 9 mai, Cologne

La salle de la Philharmonie de Cologne est une salle magnifique, habillée de bois et de lumière bleue. Je me souviens du premier concert de l’orchestre dans cette salle, il y a bien des années, c’était un coup de foudre. Force est de constater qu’elle n’a pas pris une ride, tout juste si les fauteuils du public seraient à peine plus profonds et confortables de nos jours. L’orchestre s’y dispose tout en demi-cercle et chaque musicien a un contact visuel particulier avec ses collègues; dans une telle disposition, surtout nous dans l’harmonie, il y a une proximité et une complicité évidente: voir Gabrielle prendre sa respiration avant son premier solo de cor anglais du Sacré du Printemps, assister à sa participation physique à la musique, c’est presque une sensation de voyeur qui décuple le bonheur de participer soi-même. Toutes les énergies sont concentrées et la musique surgit de ce creuset rond de la scène comme l’or de l’athanor des alchimistes de jadis.

Le Sacre du Printemps, justement: poétique et sauvage déferlement d’un souffle puissant, presque primal. Assis au milieu de l’orchestre je ressens intensément cette force impérieuse du renouveau de la belle saison en Russie et je me souviens des descriptions passionnées qu’en fait Léon Tolstoï que j’aime. Mélange de sensualité, de passion, de force et de violence, c’est le printemps russe, c’est la musique de Stravinsky qui exige le meilleur de chaque musicien, sa concentration totale, son engagement physique et artistique sans réserve.

Il y a des moments de la vie d’un musicien qui sont magiques, le temps est à la fois suspendu et concentré, la vie est plus forte et la sensation du tout exaltée. C’est le Sacre du Printemps, ce soir à Cologne. Une salle exceptionnelle qui semble avoir été là juste pour ce moment, l’orchestre du Capitole au mieux de sa forme, le résultat d’un travail intense et riche, Tugan Sokhiev, immergé dans sa musique, rassemble toutes ces énergies, les applaudissements du public encore presque figé par tant de rythme, de poésie de violence et de force… et puis, dès la sortie de scène, la bière.

La bière offerte aux musiciens par l’equipe de la Philharmonie de Cologne, une habitude ici, la bière qui dit bravo, qui dit merci et à bientôt.

La bière de Cologne.

Claude Roubichou
piccolo solo, Orchestre National du Capitole de Toulouse

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Une réflexion sur “La bière de Cologne

  1. Merci de nous faire partager avec tant de poésie et de plaisir ces instants privilégiés et mérités que vous vivez….
    Continuez ainsi !!
    Isabelle

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